L'heure bleue à la Brasserie
Le groupe Sixtease en concert à la salle des Brasseurs de Lutterbach était complété par Éric Theiler au bugle.
Le septet a fait revivre l’atmosphère de Lambert, Hendricks and Ross qui avaient adopté le « vocalese », système où la voix remplace les instruments aussi bien pour l’orchestration que pour les solos repris d’enregistrements célèbres.
Exprimé dans la manière Cool, alternant ballades et blues pendant deux heures, le répertoire comprenait les grands standards d’une des plus riches périodes du jazz joués avec un swing impeccable.
On a pu admirer plus particulièrement une jolie version de Summertime, Mr PC que John Coltrane a dédié à Paul Chambers, son bassiste emblématique et, surtout, le magnifique Jordu rendu célèbre par la vélocité et l’inspiration de Clifford Brown.
Il était intéressant de comparer les éblouissantes fulgurances de cet artiste à la sonorité presque sombre, aux phrases développées dans le registre moyen de l’instrument, à la retenue inspirée et au sens de l’improvisation d’Éric Theiller, qui développe son discours en de petites variations presque immobiles, d’un lyrisme contenu et soutenu.
Les chorus du pianiste Michel Lotz étaient lyriques et colorés, très techniques, la contrebasse de Michel Dreyfus chantait autant qu’elle rythmait, assise sur la trame d’une batterie efficace tenue par Martial Muller.
Parmi les vocalistes, on ne saurait lequel admirer le plus : Christophe Erard dans ses périlleux exercices de scat, Frédérich Heinrich plein d’aisance, l’énergique Maria Mrozkova ou, plus simplement, l’impressionnante technique du trio qui est venu à bout de la gymnastique qu’impose l’articulation des textes de Joe Henderson.
Deux ombres n’ont pas réussi à gâter le concert : une acoustique réfractaire aux sonorisations les plus savantes et un public clairsemé.
J.-C. O.